30 mai 2026

En septembre 2019, j'ai Ă©crit ce texte, le 1er d'une sĂ©rie qui allait entraĂźner la crĂ©ation de mes petits recueils. C'est un arbre gĂ©ant qui me l'avait inspirĂ©, le Grand ChĂȘne de LĂ©zan, un arbre remarquable de plus de 500 ans. MalgrĂ© son grand Ăąge, je le dĂ©couvrais seulement ce jour-lĂ , au hasard d'une petite randonnĂ©e, et j'Ă©tais fascinĂ©e par ce qu'il dĂ©gageait. Je choisis mon angle et pris ce clichĂ© tant bien que mal, en Ă©vitant le groupe de touristes qui envahissait l'espace.

Trois jours aprĂšs, le journal local publia la photo de ce qu'il restait de lui, un  petit tas de bois gris, comme le rĂ©sultat d'une implosion, un effondrement. J'ai pensĂ© Ă  un incendie avant de lire les quelques lignes de l'article. Cette image Ă©tait sinistre, triste.

Je rends hommage aujourd'hui au Grand ChĂȘne, en lui redonnant vie le temps d'une lecture, avec cette publication qui relate la rencontre, l'histoire de la photo, et l'Ă©motion qui fĂ»t Ă  l'origine de ce texte.

  

Texte tirĂ© du recueil "Au fil du temps et de mes pas" 

Dans deux jours je serai mort. Personne ne s'en doute. Vous ĂȘtes venus me voir nombreux, aujourd'hui c'est jour de fĂȘte. Vous ĂȘtes venus saluer le Grand ChĂȘne. Je suis majestueux vous dites, j'entends. Je vous l'accorde, je suis immense, mon envergure a fiĂšre allure. La mousse sur mon corps, quelques feuilles encore vives, mes bras grands ouverts tendus vers vous et le ciel, c'est vrai que j'ai l'air fort. A l'intĂ©rieur pourtant je suis dĂ©jĂ  presque mort, mon cƓur a explosĂ©, il ne bat plus guĂšre. Je suis vidĂ© de mon sang. N'accusez ni la foudre ni les hommes, il est l'heure voilĂ  tout.

Dans un pudique respect, les oiseaux ont dĂ©sertĂ© l'Ă©corce de mes branches, mais leurs chants sont restĂ©s. Je ne serai donc pas seul en ces derniers instants, car tout autant que la terre qui m'a nourri, c'est la gaietĂ© de leurs notes qui m'a Ă©levĂ©, leur joie malgrĂ© tout, malgrĂ© les orages, les morsures du froid ou la brĂ»lure impitoyable de soleils tourmentĂ©s. Dans deux jours je serai mort, et vous emporterez mon image. Peut-ĂȘtre y verrez-vous alors enfin mon visage Ă©tonnĂ© et un peu triste, je vous parlais, vous ne m'entendiez pas. 

 

N.B : La relecture aujourd'hui de ce texte fait pour moi Ă©cho Ă  la situation Ă©cologique actuelle. La nature et nous ne faisons qu'un, elle est chaque jour un peu plus malmenĂ©e et pillĂ©e au profit d'une poignĂ©e de milliardaires. Nous subissons dĂ©jĂ  tous les consĂ©quences de ces dĂ©gradations, la liste est longue et pas difficile Ă  trouver. Avec le dĂ©rĂšglement climatique qui s'accĂ©lĂšre encore, et dont il n'est plus Ă  dĂ©montrer que l'activitĂ© humaine est la cause, on ne pourra pas dire que la nature n'a pas parlĂ©, nous n'aurons pas voulu l'entendre... Il serait bon que les hommes se rĂ©veillent avant qu'il ne soit trop tard.

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