En septembre 2019, j'ai écrit ce texte, le 1er d'une série qui allait entraîner la création de mes petits recueils. C'est un arbre géant qui me l'avait inspiré, le Grand Chêne de Lézan, un arbre remarquable de plus de 500 ans. Malgré son grand âge, je le découvrais seulement ce jour-là, au hasard d'une petite randonnée, et j'étais fascinée par ce qu'il dégageait. Je choisis mon angle et pris ce cliché tant bien que mal, en évitant le groupe de touristes qui envahissait l'espace.
Trois jours après, le journal local publia la photo de ce qu'il restait de lui, un petit tas de bois gris, comme le résultat d'une implosion, un effondrement. J'ai pensé à un incendie avant de lire les quelques lignes de l'article. Cette image était sinistre, triste.
Je rends hommage aujourd'hui au Grand Chêne, en lui redonnant vie le temps d'une lecture, avec cette publication qui relate la rencontre, l'histoire de la photo, et l'émotion qui fût à l'origine de ce texte.
Texte tiré du recueil "Au fil du temps et de mes pas"
Dans deux jours je serai mort. Personne ne s'en doute. Vous êtes venus me voir nombreux, aujourd'hui c'est jour de fête. Vous êtes venus saluer le Grand Chêne. Je suis majestueux vous dites, j'entends. Je vous l'accorde, je suis immense, mon envergure a fière allure. La mousse sur mon corps, quelques feuilles encore vives, mes bras grands ouverts tendus vers vous et le ciel, c'est vrai que j'ai l'air fort. A l'intérieur pourtant je suis déjà presque mort, mon cœur a explosé, il ne bat plus guère. Je suis vidé de mon sang. N'accusez ni la foudre ni les hommes, il est l'heure voilà tout.
Dans un pudique respect, les oiseaux ont déserté l'écorce de mes branches, mais leurs chants sont restés. Je ne serai donc pas seul en ces derniers instants, car tout autant que la terre qui m'a nourri, c'est la gaieté de leurs notes qui m'a élevé, leur joie malgré tout, malgré les orages, les morsures du froid ou la brûlure impitoyable de soleils tourmentés. Dans deux jours je serai mort, et vous emporterez mon image. Peut-être y verrez-vous alors enfin mon visage étonné et un peu triste, je vous parlais, vous ne m'entendiez pas.
N.B : La relecture aujourd'hui de ce texte fait pour moi écho à la situation écologique actuelle. La nature et nous ne faisons qu'un, elle est chaque jour un peu plus malmenée et pillée au profit d'une poignée de milliardaires. Nous subissons déjà tous les conséquences de ces dégradations, la liste est longue et pas difficile à trouver. Avec le dérèglement climatique qui s'accélère encore, et dont il n'est plus à démontrer que l'activité humaine est la cause, on ne pourra pas dire que la nature n'a pas parlé, nous n'aurons pas voulu l'entendre... Il serait bon que les hommes se réveillent avant qu'il ne soit trop tard.
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